Chiru Aerix : le titane s'attaque au segment route aéro

4 min de lectureLilian Bossu

Sur le segment route aéro, le carbone règne sans partage depuis quinze ans.

Canyon Aeroad, Trek Madone, Specialized Venge, Giant Propel, tous les grands modèles de référence sont en carbone haute densité. Le titane, matériau roi du confort et de la longévité, est resté cantonné aux catégories endurance, all-road et bikepacking. Chiru, spécialiste français du cadre titane fondé par Pierre-A. Le Magnan, vient de bousculer cette répartition avec l'Aerix, présenté fin mars au salon Cycling World Düsseldorf.

Ce que propose l'Aerix, techniquement parlant

Le cadre associe deux nuances de titane. Les tubes principaux sont en Grade 9 (3Al.2.5V), l'alliage classique du cadre titane haut de gamme. Les zones clés sont imprimées en 3D en Grade 5 (6Al.4V), plus dur, sélectionné pour sa résistance mécanique élevée. Cette hybridation matériau permet à Chiru de sculpter les zones critiques (comme le raccord de direction, le tube de selle et la jonction supérieure) avec une géométrie que le tube laminé traditionnel ne permet pas.

L'aérodynamisme est cherché sur plusieurs plans. Le tube diagonal adopte un profil en "D" tronqué. Le tube de direction est profilé pour prolonger la ligne aéro de la fourche ENVE Aero. Le tube de selle intègre un ISP profilé en "D", en deux sections reliées par une pièce titane imprimée. Les haubans et bases sont ovalisés. L'intégration de la câblerie est complète.

Poids annoncé : 1,73 kg pour le cadre nu, 7,5 kg pour le vélo complet dans le montage haut de gamme présenté à Düsseldorf (avec des roues Bora Ultra Campagnolo). Compatibilité pneus jusqu'à 32 mm sur la fiche officielle, 34 mm cité par certaines sources. Boîtier de pédalier T47, compatibilité toutes transmissions électroniques du marché (Shimano Di2, SRAM AXS, Campagnolo Super Record13).

L'impression 3D, la vraie clé

Pour comprendre pourquoi l'Aerix existe aujourd'hui alors qu'un cadre aéro en titane a longtemps été considéré comme un compromis impossible, il faut s'arrêter sur ce que change l'impression 3D métal.

Le titane, en tube laminé, se travaille difficilement pour créer des profilés aérodynamiques.

Un tube titane classique est cylindrique, ce qui est excellent en rigidité mais mauvais pour la traînée aéro. Fabriquer un tube en "D" tronqué à partir de titane laminé impose des étapes de mise en forme complexes, coûteuses, et parfois pénalisantes en résistance. L'impression 3D métal contourne le problème. Elle permet de créer une pièce directement à la forme souhaitée, avec une géométrie interne optimisée pour la rigidité et une géométrie externe optimisée pour l'aéro.

C'est ce qui rend l'Aerix techniquement crédible. Sans les pièces imprimées, il aurait fallu choisir entre titane et aéro. Avec, on a les deux, à condition d'accepter le prix qui va avec la technologie.

Aéro plus titane : pour qui, pour quoi ?

L'argument commercial de Chiru est que l'Aerix est un vélo aéro "sans être aussi exigeant que les cadres carbone dédiés". Traduction : le titane offre un amorti vibratoire supérieur au carbone haut module, ce qui rend la position aéro tenable plus longtemps sans casser le dos. C'est un vrai atout pour l'ultra-distance rapide, un segment où l'endurance du pilote pèse autant que le rendement pur.

Ceci étant dit, il faut placer le curseur.

Un Trek Madone ou un Canyon Aeroad restera plus rapide et plus léger sur un vrai contre-la-montre de 40 kilomètres. La perte de rendement pur en faveur du confort à long terme ne se justifie que si l'on court des efforts longs. C'est le calcul cohérent pour un coureur qui aligne des Race Across France, des Les Géants, des Lyon-Genève Ultra Night Ride, ou des formats 24 heures.

Chiru le sait, et vise ce segment volontairement. La marque n'a jamais couru après les grands teams pros. Son ADN est ancré dans le bikepacking et l'ultra-cyclisme. L'Aerix étend la gamme sans en changer la logique avec un vélo pour rouler vite, longtemps, dans une position tenable.

Le prix, à replacer dans le paysage

Le frameset (cadre plus fourche plus tige de selle plus jeu de direction Token) est proposé à partir de 4 895 €. C'est un tarif haut de gamme, mais qui mérite quelques comparaisons.

Un frameset Trek Madone SLR ou Specialized Tarmac SL8 démarre à plus de 6 000 €. Un frameset Canyon Aeroad CFR se trouve autour de 4 500 €, sans fourche ENVE de série. Un cadre titane haut de gamme classique (Chiru Kunlun, Firefly, Baum) tourne entre 3 000 € et 5 000 € en frameset selon les configurations. L'Aerix, avec sa combinaison titane 3D et fourche ENVE, se place dans la fourchette haute du titane et dans la fourchette basse du carbone premium.

Si sa cible naturelle reste l'ultra-distance rapide, sa géométrie et sa réactivité surprennent tout de même. Il s'avère tout aussi redoutable pour aller frotter sur les sorties tempo rythmées du week-end, là où on n'attendrait pas forcément un cadre en titane.

Partager l'article

ÉDITION #01

Bientôt le lancement de notre newsletter !

Une fois lancée, tu la recevras tous les jeudis dans ta boîte mail. En attendant, nos articles sont déjà en ligne.

Inscris-toi pour être parmi les premiers à la lire.