Matchy Cycling lance sa gamme Ultra, pensée pour l'ultra-distance

4 min de lectureLilian Bossu

Le marché du textile technique dédié à l'ultra-cyclisme reste étroit. La plupart des grandes marques équipent le cyclisme sportif conventionnel, et le portage longue distance est traité par des marques spécialisées bikepacking, avec pour conséquence un compromis récurrent pour le pratiquant : porter sa charge sur le vélo, avec les problèmes aérodynamiques que cela implique, ou porter sur soi avec un gilet d'hydratation, avec les problèmes de respirabilité qui vont avec.

C'est dans cet interstice que Matchy Cycling, marque française fondée en 2016 à Annecy par Flore Gindre et Geoffrey Baudouin, vient placer sa nouvelle gamme Ultra, présentée fin juin.

Ce que propose la gamme

Deux pièces au lancement : un maillot Ultra (299 €) et un cuissard Ultra (269 €).

Le maillot est la pièce de résistance de la collection. Il est conçu comme une alternative aux systèmes de portage traditionnels. En haut du dos, une poche traversante compatible avec une poche à eau de 2 litres. En bas du dos, trois poches classiques. Sur le devant, quatre larges poches ventrales et latérales. La capacité de rangement totale est présentée comme quatre fois supérieure à celle d'un maillot classique. La visibilité est prise en charge par de larges tapes réfléchissants avant et arrière, ainsi que des logos entièrement réfléchissants, censés dispenser du port d'un harnais réfléchissant supplémentaire pour les traversées nocturnes.

Le cuissard joue une partition différente. Il utilise un tissu Cordura de 160 g/m² pour la résistance à l'abrasion, un renfort Ripstop Cordura sur les zones exposées, une peau Elastic Interface, et cinq poches de rangement supplémentaires. La marque annonce un poids inférieur de 30 % à un modèle traditionnel, ce qui n'est pas anodin sur des efforts de plusieurs jours consécutifs.

Le pari du maillot-portage

L'idée derrière le maillot Ultra n'est pas nouvelle en soi. Des marques comme Rapha ou Q36.5 proposent depuis quelques années des maillots à poches augmentées ou compatibles avec des poches à eau. Ce que Matchy pousse plus loin, c'est le pari d'un vêtement pensé dès le départ pour le portage lourd, avec plusieurs kilos de charge répartis sur l'ensemble du buste.

C'est une réponse à un problème réel : sur une épreuve courte à moyenne (200 à 500 km), une sacoche de guidon complète perturbe la position et rajoute de la traînée aérodynamique, un gilet d'hydratation coupe la ventilation dorsale, et alterner entre poches et sacoches ralentit les ravitaillements. Le maillot Ultra prétend réduire ces frictions en concentrant tout ce qui doit être accessible rapidement sur un vêtement unique, testé selon la marque sur des épreuves comme les Badlands en Andalousie et Les Géants 400.

Reste la question du seuil. Sur des ultras vraiment longs (700 à 4 000 km comme le Tour Divide, la Transcontinental ou la NorthCape4000), la charge à emporter dépasse ce qu'un maillot peut absorber, quel que soit le nombre de poches. La gamme Ultra n'est pas pensée pour ces distances-là. Elle est pensée pour le segment intermédiaire, en plein développement en France : Les Géants, Lyon-Genève Ultra, Traka 560, formats 24 heures.

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L'ancrage local

L'autre angle du dossier, c'est le mode de production.

Matchy revendique une chaîne de valeur intégralement située dans un rayon de 150 kilomètres autour de Lyon, du tissage à l'assemblage. Le tissu du cuissard est tissé en Ardèche. La confection se fait entre la France et l'Italie (à trois heures d'Annecy pour le made in Italy, selon la marque). Les collections utilisent entre 30 % et 100 % de fibres recyclées, sans plastique dans les emballages.

Dans un secteur où la production textile technique reste largement asiatique, ce positionnement a de la valeur, à condition de ne pas seulement le mettre en vitrine. Chez Matchy, le circuit court n'est pas un argument marketing ajouté : c'est une contrainte structurante qui a défini la marque depuis ses débuts. C'est ce qui rend le propos crédible.

À quel usage, et à quel prix

À 299 € le maillot et 269 € le cuissard, la gamme Ultra ne s'adresse pas à tout le monde. Le tarif est cohérent avec le positionnement et il correspond à la promesse d'une pièce durable, produite localement, pensée pour être portée longtemps. Ce n'est pas le maillot d'entrée de gamme du bikepacker occasionnel. C'est le vêtement de quelqu'un qui court, qui aligne plusieurs événements par saison, et qui accepte d'investir dans un textile technique fait pour durer.

Pour ce profil précis, le calcul mérite qu'on s'y arrête. Pour les autres, mieux vaut regarder d'abord vers la gamme LAB de la marque, moins spécialisée mais moins chère, ou vers les alternatives classiques du marché.

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