Pacific Crest Trail : Aurélien Sanchez efface le record du Belge Karel Sabbe
Après six semaines d'effort et 4 265 kilomètres parcourus depuis la frontière mexicaine, l'ingénieur toulousain de 35 ans a bouclé le Pacific Crest Trail en 45 jours, 20 heures et 15 minutes, battant de plus de 16 heures le précédent record en assisté détenu par le Belge Karel Sabbe depuis 2023 (46 jours, 12 heures et 50 minutes). Le premier Français finisher de la Barkley en 2023 signe une deuxième performance historique en trois ans.
Il faut trois choses pour battre un record du Pacific Crest Trail. La première, une capacité à parcourir 92 kilomètres par jour en moyenne, avec 150 000 mètres de dénivelé positif à digérer sur la durée. La deuxième, une équipe d'assistance capable de suivre le rythme sans faiblir, sur un tracé qui traverse plusieurs biomes distincts entre Californie, Oregon et État de Washington. La troisième, la volonté de tenir six semaines à ce niveau, en gérant blessures, doutes, urgences médicales et retards temporaires sur le chrono de référence. Aurélien Sanchez, ingénieur toulousain de 35 ans, a coché les trois cases. Dans la nuit du 23 au 24 juillet, il a atteint le monument marquant la frontière canadienne, effaçant le précédent record du PCT en assisté détenu par le Belge Karel Sabbe depuis 2023.
Le nouveau record s'établit à 45 jours, 20 heures et 15 minutes, soit 16 heures et 35 minutes de mieux que Sabbe.
Le récit d'une aventure
Six semaines qui se sont jouées en montagnes russes. Départ le 8 juin depuis la frontière mexicaine, avec une première journée agressive, 119 kilomètres au compteur, une avance immédiate de 33 kilomètres sur le rythme de Sabbe. Puis la deuxième semaine douche froide, dégringolade progressive jusqu'à deux heures de retard sur le record, dans une chaleur californienne écrasante.
C'est là, dans la haute montagne californienne, que la course bascule. Fin juin, Sanchez reprend le lead. Vingt-deux kilomètres d'avance, puis quatre heures. Le rythme est retrouvé. La sortie du désert coïncide avec la meilleure phase du Français, qui applique méthodiquement sa stratégie : sommeil optimisé, équipement allégé, allure légèrement supérieure à celle de Sabbe.

Vient ensuite l'épreuve de l'Oregon, terrain plat et forestier qui ressemble à une pause visuelle mais qui casse mentalement beaucoup de finisseurs du PCT. Sanchez y a connu un pied gravement infecté nécessitant un passage aux urgences, et des moments de désespoir absolu selon les récits de u-Trail qui suivait l'aventure au jour le jour. Sur le PCT, on lui a rapidement donné un surnom : "phoenix". Rarement un pseudonyme n'aura eu autant de sens.
À quatre jours de l'arrivée, seulement un kilomètre d'avance sur Sabbe. Puis l'accélération finale dans les paysages d'altitude du nord-ouest américain, jusqu'à 55 kilomètres d'avance à l'entrée dans le dernier segment. Arrivée dans la nuit du 23 au 24 juillet, à un rythme final réduit à 3 km/h dans la fatigue accumulée, avant de franchir enfin le monument frontalier.

Qui est Aurélien Sanchez
Il n'est pas venu au PCT par hasard. Ingénieur toulousain, 35 ans, Sanchez s'est imposé depuis 2023 comme l'une des références mondiales de l'ultra-endurance en trail. Cette année-là, il devient le premier Français finisher de la Barkley Marathons, l'épreuve mythique du Tennessee dont on dit qu'elle a été conçue pour ne pas être terminée. Un exploit dont il reste identifié partout où il court.

Son palmarès en ultra-endurance dessine une signature. GR10 bouclé en 12 jours dans les Pyrénées. Tor des Géants 2025. Troisième de la SwissPeaks 700 en 2024. FKT unsupported sur le John Muir Trail en 2018 (3 jours et 10 heures, toujours en vigueur sur la version sud-nord). Traversée intégrale des Pyrénées d'ouest en est en 2020, 560 miles au compteur.
Ses mots à Yahoo Sports en début d'année : "Je ne suis pas un coureur rapide. Je suis plutôt un randonneur qui essaie de courir de temps en temps." Son super-pouvoir, selon lui "mon engagement". Il travaille méthodiquement toutes les logistiques de ses aventures, décompose les défis en sous-problèmes gérables, s'appuie sur l'effort accumulé dans le projet pour puiser sa force mentale quand il souffre. Sur le PCT, cette méthode a été validée en grandeur nature pendant plus de mille heures d'effort cumulé.
L'aventure s'est vécue avec Lucille, sa conjointe, elle-même finisher de la Diagonale des Fous et de la SwissPeaks 170, et Martin, cousin de Lucille et ami du couple. Deux personnes qui ont assisté Sanchez mais qui ont aussi couru par étapes avec lui, pour vivre l'aventure de l'intérieur. C'est le principe que Sanchez pose lui-même sur son site "Ce projet n'a de sens que parce qu'il est partagé"

Encore un record tricolore
Karel Sabbe régnait sur le PCT depuis 2023, comme il régnait sur d'autres FKT longue distance mondiaux. Il avait lui-même effacé Tim Olson de plus de cinq jours. Il est aujourd'hui à son tour dépassé par un Français. C'est une passation qui a du sens car, depuis deux ans, l'ultra-endurance francophone signe des performances majeures sur tous les grands rendez-vous internationaux. Bouillard sur la Western States. Pommeret sur la Hardrock. D'Haene sur le GR20. Sanchez ajoute une nouvelle ligne à cette liste, sur un terrain où aucun Français n'avait encore signé de référence.
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