UTMB 2026 : l'édition qui redéfini les sommets
Samedi 29 août 2026, l'UTMB a rendu son verdict après une nuit et un jour de course sur les 174 kilomètres et environ 9 700 mètres de dénivelé positif du tracé modifié. L'Américain Ben Dhiman signe le premier chrono sous les 19 heures dans l'histoire de la course, en 18h16'29. La Française Blandine L'Hirondel remporte la course féminine en 21h54'49 et devient la première Française à gagner l'UTMB depuis Caroline Chaverot en 2016. Trois hommes sous les 19 heures, six sous le précédent record, une victoire française après dix ans : cette édition entrera dans les livres.
Il faudra un moment pour prendre la mesure de ce qui s'est passé cette nuit-là.
À 19h45, quand le départ a enfin été donné après deux heures d'attente sous la menace d'un orage qui n'est pas venu, personne ne pouvait sérieusement écrire ce qui suivrait. À l'arrivée, quand Ben Dhiman a franchi la ligne devant la foule chamoniarde, quelqu'un a jeté un œil au chronomètre et n'a pas compris tout de suite : 18 heures, 16 minutes, 29 secondes. Le mur des 19 heures, qui semblait devoir tenir encore quelques années, était tombé. Et il n'était pas tombé seul.
Le mur des 19 heures est tombé
Il y a un an, Tom Evans avait signé la victoire de l'UTMB 2025 en 19h17'56, dans des conditions climatiques dantesques. Un chrono qui était alors présenté comme le nouveau plafond de la discipline, en attendant qu'un futur athlète vienne l'approcher de quelques minutes dans les saisons à venir. On imaginait un abaissement progressif, quelques minutes gagnées ici et là. On n'imaginait pas la démolition qui allait suivre.
Cette édition 2026 a vu six coureurs faire mieux que le chrono record de Tom Evans. Trois d'entre eux, en tête, sont passés sous la barre symbolique des 19 heures : Ben Dhiman en 18h16'29, Baptiste Chassagne en 18h47'38, Caleb Olson en 18h48'24. Le top 10 masculin dans son entier a franchi la ligne en moins de 20 heures. Il faut chercher très loin dans l'histoire de l'ultra-trail pour trouver une bascule chronométrique de cette ampleur.

Il faut le dire avec précaution : le parcours 2026 n'était pas strictement identique à celui de 2025 sur le papier. Face à un risque orageux confirmé sur le massif, la direction de course a pris deux décisions dans la journée du vendredi 28 août, après avoir attendu les dernières prévisions fiables : reporter le départ de deux heures, à 19h45, et supprimer le passage par les Pyramides Calcaires (2 537 mètres), portion technique et exposée juste après le col de la Seigne. Le tracé initial, annoncé à 176 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif, est ainsi devenu un tracé de 174 kilomètres et environ 9 700 mètres. À noter que ce bypass des Pyramides Calcaires avait déjà été appliqué en 2025 pour des raisons de sécurité similaires. À cela s'ajoutent des conditions inhabituellement favorables, le départ retardé a fait tomber la première partie de course dans une nuit plus fraîche que d'habitude, avec une pleine lune qui a éclairé les sentiers d'altitude.
Mais cela ne change pas l'essentiel. Sur ce tracé, dans ces conditions, un homme a couru l'UTMB en moins de 18 heures et 20 minutes, et trois hommes sont passés sous les 19 heures. C'est une donnée qui va reconfigurer le regard porté sur la discipline pour la prochaine décennie. La question n'est plus de savoir si les 19 heures sont battables. Elle est de savoir dans combien de temps les 18 heures le seront.
Ben Dhiman, une course en solo à la pleine lune
Le vainqueur de l'édition 2026 vit dans les Pyrénées. Père de famille, 35 ans, l'Américain Ben Dhiman n'est pas un nouveau venu en tête du peloton mondial. Deuxième de l'UTMB 2025 derrière Evans, deuxième du 90km du Mont-Blanc 2026 derrière le Français Louison Coiffet, vainqueur en 2025 de la Lavaredo Ultra Trail et du Grand Raid Ventoux 100K, il arrivait à Chamonix avec le statut de favori. Il a livré la course qu'on attendait de lui.

Dhiman a pris la tête au kilomètre 41, à La Balme, avant minuit. Il ne l'a plus jamais lâchée. À chaque check-point, il a affiché des temps de passage supérieurs à tous les précédents records du parcours. Sans jamais paraître forcer, sans jamais paniquer, sans jamais céder à la tentation d'accélérer imprudemment ou de gérer trop bas. Une course en patron, à sa main, dans une course qui semblait avoir été taillée pour lui.
"Toute la nuit, il y avait la pleine lune très brillante et puis le lever de soleil, une lumière très vive. Je suis très reconnaissant pour tout ça, c'était magique.", a-t-il résumé à l'arrivée. Sur les crêtes italiennes puis suisses, l'éclairage naturel a donné à cette course un caractère particulier, un rythme presque contemplatif pour celui qui menait la danse.
À l'arrivée, l'écart avec Chassagne est finalement de 31 minutes. Avec Olson, de 32 minutes. Trois hommes sous les 19 heures, mais un dominateur unique. À 35 ans, avec un palmarès qui se remplit à grande vitesse, Ben Dhiman s'installe au sommet du trail mondial. Il l'a fait de la manière la plus impressionnante possible en réécrivant le livre des records.
Blandine L'Hirondel écrit son histoire
Il faut regarder les temps de passage pour comprendre ce que la Française a fait. Au kilomètre 32, à Les Contamines, Blandine L'Hirondel était 82e au général. En dehors du top 10 féminin. À plusieurs minutes de la tête de course, où l'Américaine Rachel Entrekin imprimait un rythme rapide. Ce point-là de la course, c'est le plus bas qu'elle atteindra.

À partir de là, la remontée a été patiente, méthodique, implacable. 60e au col de la Seigne. 48e à l'arête du Mont-Favre. 41e à Arnouvaz. 29e à Champex-Lac. 24e à Vallorcine, au kilomètre 155. Une progression presque linéaire, une gestion parfaite de son effort, une lecture de course qui a peu à peu compensé son début conservateur.
Dans les derniers kilomètres, en tête de la course féminine, elle a signé la 26e place scratch et le chrono de 21h54'49, un temps qui la place très nettement au sommet de la hiérarchie historique féminine sur cette course. Détail émouvant : Courtney Dauwalter, qui avait abandonné après environ 70 kilomètres entre le lac Combal et l'arête du Mont-Favre, est venue l'encourager sur les sentiers de fin de course. Deux générations de l'ultra-trail féminin qui se croisent, l'une qui passe le flambeau à l'autre.
L'Hirondel devient la première Française à remporter l'UTMB depuis Caroline Chaverot en 2016. Dix ans d'attente pour un trail français qui avait produit des podiums mais pas de première place féminine. Elle devient aussi la deuxième femme de l'histoire à gagner les trois finales de la semaine UTMB : OCC (2021), CCC (2022), UTMB (2026). La seule autre à avoir réussi ce triplé, Ruth Croft, était forfait cette année pour raisons familiales.

Trois Français dans le top quatre
Il y a une troisième histoire dans cette édition, moins spectaculaire que le mur des 19 heures, mais tout aussi significative. Sur les quatre premiers hommes, trois sont français. Baptiste Chassagne prend la deuxième place en 18h47'38 : deuxième place déjà en 2024 derrière son compatriote Vincent Bouillard, il confirme qu'il fait partie des tout meilleurs sur ce format. Virgile Moriset termine quatrième en 19h00'23, à seulement 25 ans et pour son premier UTMB.

À cela s'ajoute la victoire de Blandine L'Hirondel côté femmes. Sur la course reine de l'ultra-trail mondial, les Français signent l'édition la plus dense de la décennie. C'est le prolongement d'une saison 2026 exceptionnelle pour l'ultra-endurance française.
Que retenir de cette édition de l’UTMB ?
Elle dit trois choses.
La première, c'est que le niveau chronométrique de l'UTMB n'était pas au plafond. Il l'est encore moins aujourd'hui. Le prochain seuil symbolique, désormais, ce sont les 18 heures. Un chrono que peu de gens auraient parié voir tomber avant la fin de la décennie, et qui devient soudainement plausible.
La deuxième, c'est que les conditions comptent. Le départ retardé à 19h45, la nuit fraîche et éclairée par la pleine lune, le parcours légèrement raccourci ont produit un environnement inhabituellement favorable à des chronos rapides. Cela ne diminue pas la performance de Dhiman, qui reste absolument majeure, mais cela rappelle que la course en montagne reste soumise à la météo et à la géographie du jour. La comparaison avec les éditions passées demande de la nuance.
La troisième, c'est que la course française vit un moment particulier. Blandine L'Hirondel gagne dix ans après Chaverot, Baptiste Chassagne est deuxième pour la deuxième fois en trois ans, la génération montante confirme partout dans le classement. On peut la voir comme le résultat d'un travail structurel de plusieurs années. On peut aussi la voir comme le fruit d'une génération qui, tout simplement, arrive au bon moment.
Dhiman et L'Hirondel repartiront avec la couronne. La discipline, elle, repart avec autre chose : un nouveau plafond, une nouvelle référence, et l'idée que ce qui semblait impossible peut se produire dans une seule nuit sous la pleine lune de fin août.
Édition #01
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