Aurélien Dunand-Pallaz explose le record du GR20 de 2h17 en 27h29
Il y a des records qui grignotent quelques minutes. Et il y a ceux qui redessinent le paysage.
La performance signée par Aurélien Dunand-Pallaz ce vendredi 25 septembre sur les sentiers corses appartient à la seconde catégorie. François D'Haene avait passé la barre symbolique des 30 heures deux mois et demi plus tôt en 29h46'20". Cette référence, qui semblait déjà proche des limites du possible, vient d'être abaissée de plus de deux heures.
Une démonstration qui n'a jamais failli
Aurélien Dunand-Pallaz s'est élancé de Calenzana jeudi 24 septembre à 5 heures précises, accompagné de ses deux premiers pacers, Théo Detienne et Julien Michelon. La tentative avait été homologuée par un représentant de la Ligue Corse de la Fédération française de la montagne et de l'escalade (FFME), présent au départ pour signer et tamponner ses deux carnets de route.
Avec un gros rythme d'emblée, au kilomètre 23, il comptait déjà 29 minutes d'avance sur le temps de référence de D'Haene. Au col de Verghio (km 40), l'écart était passé à 50 minutes. À Onda (km 72), à 1h27. À Capanelle (km 96,5), à 1h48. À Verde (km 110), à 1h58. Au kilomètre 120, il franchissait pour la première fois la barre des deux heures d'avance, avec 2h13.

Ses pacers ont tous exprimé la même impression.
Celle d'un homme au sommet de son art.
"C'est un taré, il a failli me faire sauter deux fois"
plaisantait Théo Detienne en rapportant l'allure du Savoyard sur les premiers kilomètres. Sur la partie centrale du parcours, Arthur Joyeux-Bouillon soulignait : "Il connaît par cœur cette portion. Je n'avais quasiment pas de marge dans la montée. Je suis impressionné." Diego Pazos, plus loin, allait plus loin encore : "Pour l'instant, c'est impossible de le faire craquer. Je le trouve même plus bavard que d'habitude, ça veut dire qu'il est vraiment bien. Il est centré, il est monstrueux. En montée, c'est constant, c'est fort."
Les seuls signes de difficulté sont apparus tardivement. Au kilomètre 149, Aurélien lâchait à l'intention de son équipe : "Ça commence à être dur ! J'ai le ventre vide." Un ravitaillement plus posé, quelques bouts de pizza vers 6 heures du matin, puis les 17 derniers kilomètres jusqu'à Conca.
Arrivée à 8h29.
Chrono final : 27 heures et 29 minutes.
Six ans de préparation, neuf pacers, un projet
Aurélien Dunand-Pallaz préparait ce GR20 depuis six ans. Il connaissait le parcours par cœur, en particulier le cirque de la Solitude, portion technique où il s'était perdu lors de précédents passages et qu'il avait spécifiquement reconnu à plusieurs reprises pour cette tentative. "L'objectif, cette fois, c'est que le jour J, je n'aie quasiment plus besoin de réfléchir à l'endroit où je dois aller", expliquait-il à Outside une semaine avant le départ.
Le dispositif logistique était à la hauteur du projet. Neuf pacers étaient prévus pour se relayer tout au long du parcours. Théo Detienne et Julien Michelon ouvraient la route depuis Calenzana. Daniel Antonioli, coéquipier de Dunand-Pallaz chez Scarpa, prenait ensuite le relais jusqu'au cirque de la Solitude. Arthur Joyeux-Bouillon et Diego Pazos accompagnaient la portion suivante. Six autres coureurs se relayaient jusqu'à l'arrivée.

La tentative était soutenue par Compressport, dans le cadre d'un projet baptisé "Game of Stones", et par Scarpa côté équipementier. Un ensemble qui explique la maîtrise apparente de la course, malgré la difficulté du terrain et l'engagement demandé.
La citation la plus révélatrice de sa préparation vient d'Aurélien lui-même, une semaine avant le départ : "Je sais que c'est faisable, mais je ne sais pas quelle marge j'ai réellement. Est-ce que j'ai cinq minutes ? Dix minutes ? Je n'en sais rien."
L'homme derrière le chrono
Aurélien Dunand-Pallaz, 33 ans, Savoyard, n'est pas un inconnu du circuit ultra. Vainqueur de la Diagonale des Fous 2023 en 23h21'23" (165 km), il a construit une saison 2026 ciblée sur le GR20. En juillet 2026, il avait remporté l'Ultra-Trail di Corsica de la Restonica en battant le record de l'épreuve (110 km, 7 200 m D+, 14h41'21"). La course avait servi de répétition grandeur nature sur le terrain corse. Deux mois plus tard, il repartait pour la traversée complète.
La suite française du GR20
Il y a deux mois et demi, François D'Haene avait signé le premier chrono sous les 30 heures sur le GR20 en 29h46'20", après une préparation d'une décennie. La performance faisait figure de plafond difficile à franchir. Elle vient d'être largement dépassée par un autre Français, dans un délai qu'aucun observateur n'avait anticipé.
Ce que cette édition du record dit du niveau français est massif. Deux athlètes se sont préparés pendant des années pour cette traversée. Chacun a signé une performance historique. Chacun a repoussé la référence. Le GR20 est devenu, en quelques mois, un terrain d'expression d'une génération française qui dispose des compétences physiques, de la préparation stratégique et du soutien logistique pour aller chercher les plus grands objectifs de l'ultra-trail mondial.
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