ULTRA-CYCLISME

Taurus Mountain Race 2026 : l'édition inaugurale s'achève sans vainqueur, course annulée pour raisons de sécurité

4 min de lectureLilian Bossu

Il y a quelques jours à peine, on parlait dans Bornés du départ de cette toute première Taurus Mountain Race, quatrième épreuve longue distance du collectif The Mountain Races. 1 460 km annoncés, 36 000 mètres de dénivelé positif entre Antalya et Mersin, 250 coureuses et coureurs au départ mercredi 14 octobre. Trois jours plus tard, la course n'ira pas au bout. L'édition inaugurale s'achève sans vainqueur, dans ce qui restera comme l'une des annulations les plus marquantes de l'histoire récente du circuit ultra-bikepacking.

Trois jours de pluie, puis la décision

Dès le départ mercredi, la course se déroule sous une pluie torrentielle. Les premiers kilomètres de piste virent au bain de boue, les dérailleurs se bloquent, et le checkpoint 1 (km 232) se transforme en refuge pour des coureurs trempés, à qui l'organisation a disposé 113 sacs de couchage dans un hostel local.

Les deux jours suivants ne desserrent pas l'étau. La boue s'épaissit, les véhicules d'assistance et de secours peinent à circuler, et le terrain au-delà du CP2 au kilomètre 732 commence à se dégrader sérieusement, avec de nouveaux glissements de terrain signalés au fil des heures sur les tronçons de montagne.

Samedi 17 octobre en milieu de matinée, la course est d'abord suspendue. Les consignes passent via Sportity, l'application de communication officielle utilisée par The Mountain Races. Deux heures plus tard, l'organisation acte l'annulation complète. Le CP2 devient la ligne d'arrivée finale, et le classement y est figé pour tous les coureurs qui l'avaient franchi.

Marei Moldenhauer qui continue d'avancer malgré les conditions.

Pourquoi l'organisation a tranché

L'équipe de Nelson Trees détaille plusieurs facteurs qui ont rendu la poursuite de la course impossible.

Le terrain. La pluie continue et la boue extrêmement collante rendaient les derniers tronçons de montagne infranchissables, y compris pour les véhicules de service. Le passage au-delà du CP2, qui montait vers un dernier col à 3 225 mètres, cumulait les risques de glissement et d'embourbement.

La sécurité. Avec un peloton étalé sur plus de 650 km (les leaders au km 885, les derniers encore vers le km 232), l'organisation estimait impossible de sécuriser l'ensemble des coureurs sur la fin du parcours. Deux véhicules de contrôle étaient par ailleurs devenus indisponibles, et le troisième se dirigeait vers le CP2 avec l'équipe médicale.

Le réseau. En altitude, aucun réseau mobile. Impossible de prévenir ou de localiser un coureur en difficulté, et impossible pour un coureur isolé d'appeler les secours. Sur une épreuve d'auto-suffisance totale, c'est une ligne rouge.

Un paradoxe météo. Le ciel se dégage brièvement samedi midi, avec des températures estivales annoncées pour le dimanche. Mais le séchage attendu rendait la boue encore plus collante et impossible à rouler. La fenêtre favorable n'en était pas vraiment une.

Où étaient les coureurs au moment de l'arrêt

En tête de course, deux hommes avaient fait le trou. Le Lituanien Justinas Leveika et le Hongrois Benedek Borsos, qui se sont relayés en tête pendant trois jours, pointaient au kilomètre 885 à Pozanti, avec environ 60 kilomètres d'avance sur le troisième. Il leur restait une centaine de kilomètres avant la dernière grosse ascension du parcours. Les deux hommes ont dû renoncer sur place et sont redescendus vers la vallée.

Chez les femmes, l'Allemande Marei Moldenhauer, 12e au scratch, se trouvait au kilomètre 747, à 2 900 mètres d'altitude et sans réseau au moment de l'arrêt. Elle n'a appris la décision que plus tard. Emma Bateup et Meaghan Hackinen comptaient parmi ses poursuivantes.

Environ 200 coureurs étaient encore en course au moment de l'annulation, et redescendent par leurs propres moyens vers la vallée ou vers les derniers checkpoints praticables.

Une inauguration qui pose la question du calendrier

Pas de vainqueur officiel, donc, pour cette première Taurus Mountain Race. Un cas rare dans l'histoire récente du circuit ultra-bikepacking mondial, et un rappel brutal que ces épreuves d'auto-suffisance en terrain reculé dépendent entièrement de la fenêtre météo qu'on leur offre.

Mi-octobre dans les monts Taurus, à des altitudes qui dépassent les 3 000 mètres, les risques météo sont par définition élevés. L'Atlas Mountain Race (février au Maroc) et la Silk Road (août au Kirghizistan) ont trouvé leur fenêtre, l'Hellenic (fin septembre en Grèce) aussi. La Taurus devra probablement affiner la sienne pour les éditions futures, si tant est que ce format en terrain très isolé puisse en avoir une qui soit confortable.

Prochain grand rendez-vous ultra-bikepacking du calendrier du côté du collectif The Mountain Races, le début de la saison 2027 avec l'Atlas Mountain Race au Maroc.

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