TRAIL

Dans la tête de Rémy Brassac : de ses premiers kilomètres à la victoire sur la TDS

9 min de lectureLilian Bossu

Vainqueur de la TDS 2026 en 19h28'43 pour sa toute première participation à cette distance, le Lozérien Rémy Brassac, 38 ans, court depuis 2015. En un peu plus de dix ans, il a construit progressivement une trajectoire qui trouve fin août 2026, à Chamonix, sa plus belle expression. Il nous raconte le fil qui relie ses premiers footings à la porte que la TDS vient de lui ouvrir.

On ne gagne pas la TDS par hasard.
Onze ans de progression saison après saison, une structuration avec Patrick Bringer depuis la MCC 2021, et une saison 2026 qui aura tout eu : la frustration des Championnats de France de Trail au printemps sur les pentes du Ventoux, puis l'aboutissement à Chamonix fin août.
Le 25 août, Rémy Brassac a franchi la ligne d'arrivée des Traces des Ducs de Savoie en 19h28'43 pour sa toute première participation à la distance.

On a voulu comprendre ce qui se passe dans la tête d'un homme qui, en dix ans, est passé du coureur qui voulait perdre quelques kilos au vainqueur de la TDS.

Le début : 2015, la course pour perdre quelques kilos

L'histoire commence en 2015, avec une motivation simple. "J'ai commencé le sport afin de me remettre en forme, notamment pour perdre quelques kilos superflus."

Le premier basculement arrive vite. Quelques mois après ses premiers footings, il prend un dossard avec son frère sur une course en duo, puis s'aligne sur le Festival des Hospitaliers. Il termine 7e sur 500 partants. À partir de là, quelque chose s'enclenche.

"À partir de cette course-là, je me suis pris au jeu et j'ai essayé de perfer sans trop savoir que cela m'amènerait à être où j'en suis aujourd'hui. Dans toute cette évolution, tout a été fait de façon très régulière et progressive sur tous les domaines : performance, distance, ambitions, structuration."

L'idée de progression revient constamment dans sa bouche. Il ne se pense pas comme un athlète en devenir, il se pense comme un homme qui aime aller au bout des choses. "Je pense avoir toujours eu cette envie de bien faire, même dans mes différentes expériences professionnelles. Le sport me permet de mettre cette qualité en avant."

L'école du "seul", puis l'arrivée de Patrick Bringer

Les premières années, Brassac s'entraîne seul. Il apprend en tâtonnant, en observant ce qui marche et ce qui ne marche pas dans son propre corps.

"J'ai appris en m'entraînant seul que l'assiduité de l'entraînement permettait de faire de belles choses. J'ai aussi vite compris que l'œil extérieur d'un entraîneur pouvait m'apporter beaucoup de choses."

En 2021, il termine 4e de la MCC pour sa toute première course "internationale". Le résultat lui fait comprendre qu'il touche à quelque chose qui dépasse le cadre local dans lequel il a grandi comme coureur. Il fait alors appel à Patrick Bringer, une icône du trail français, pour structurer son entraînement.
Patrick Bringer, entraîneur de Rémy Brassac ©Thierry LINDAUER

Patrick Bringer, entraîneur de Rémy Brassac ©Thierry LINDAUER

À partir de là, la trajectoire s'accélère sans jamais rompre avec le principe qui la guide : la progressivité. Une saison après l'autre, il monte en niveau, en distance, en ambition.

Le Ventoux : la frustration

Championnats de France de Trail, Mont Ventoux, dimanche 29 mars 2026.

Les conditions météo ont forcé l'organisation à modifier une partie du parcours de dernière minute. Les rafales à plus de 120 km/h enregistrées la veille au col des Tempêtes rendaient les crêtes dangereuses.
Peu après la moitié de la course, le groupe des six coureurs de tête, dont Brassac fait partie, manque une bifurcation et s'égare sur plusieurs kilomètres.

Quand les six leaders finissent par retrouver le tracé initial au chalet Reynard, ils ont perdu une vingtaine de minutes. Sur un championnat de France qui sert de support de sélection aux Championnats d'Europe de trail, la contrariété est réelle.
La sélection directe s'éloigne, pour beaucoup de coureurs, ce genre d'accroc referme la course dans la tête.

Mais elle ne se referme pas dans celle de Brassac.

"Lorsque nous avons retrouvé le tracé initial au niveau du chalet Reynard, Adrien Seguret était à la sortie du ravito et nous a dit de ne rien lâcher jusqu'au bout. De mon côté, nous avions prévu avec Patrick de faire l'effort à partir du Chalet, donc je me suis dit que j'allais respecter ça. Les sensations étaient excellentes et j'en ai profité toute la fin de course."

Il termine fort. Suffisamment pour que la Fédération, qui reconstruira ensuite une hiérarchie à partir des fichiers GPS, ne perde pas trace de son niveau réel ce jour-là.

"Je sais que maintenant je suis solide et physiquement je réalise toujours de belles fins de courses. Je ne pensais pas réintégrer le top 10, mais je savais que je pouvais remonter des places."

Ce jour-là au Ventoux, Rémy confirme quelque chose qu’il connaît déjà de lui : il sait finir fort. Il va l'emporter avec lui, quelques semaines plus tard, sur une distance qu'il n'a jamais encore tentée.

Sur les Traces du nouveau Duc de Savoie

145 kilomètres, 9 500 mètres de dénivelé positif.
Une distance qu'il n'a jamais courue en compétition.

"Je ne visais pas la gagne, je craignais surtout de ne pas voir Chamonix compte tenu de mon inexpérience sur ce format et sur ce parcours qui est réputé pour être très dur. Arriver et faire le top 5 étaient mes principaux objectifs."

Il y va autant pour terminer que pour tester quelque chose. "J'y allais pour découvrir la distance et savoir si j'étais capable de basculer sur ultra pour les prochaines saisons." La TDS est autant une course qu'un examen personnel. Est-ce que le format ultra lui correspond ?

La première partie de course se déroule dans les conditions dantesques que retiendra cette édition. Brassac reste aux avant-postes. Puis vient un moment qui aurait pu tout compromettre.

"J'ai eu un passage à vide juste avant Beaufort, et Clovis (Chaverot) a décidé d'en profiter pour prendre de l'avance : 15 minutes."

Après les péripéties du Ventoux, c’est encore un moment où tout peut basculer dans le mauvais sens. Mais sa bonne gestion de la situation le garde en course.

"Pendant la descente sur la base de vie j’arrive à me refaire la cerise et je fais un ravito calme bienfaiteur avec Vio. À la sortie je cours bien et dès Hauteluce, on m’annonce que j’ai repris 1m30 sur Clovis, c’est à ce moment là que je me lance réellement à sa poursuite, j’arrive à prendre le lead quelques kilomètres avant le barrage de la Girotte.

En quelques kilomètres, une course qu’il était encore en train de subir quelques heures plus tôt commence à se retourner. Et pourtant le vrai point de bascule mental ne vient pas là.
Il vient plus tard, à Bellevue.

"J'ai réellement su que j'allais gagner en arrivant à Bellevue, où l'on m'a indiqué que le second n'était pas passé au sommet du Tricot. Cela me laissait au minimum 40 minutes d'avance et je savais que sauf gros retournement de situation, je rentrerais à Cham premier."

Avec cette avance, Rémy sait alors qu’il devrait, sauf gros retournement de situation, rentrer à Chamonix en vainqueur. À partir de là, la course entre dans une nouvelle phase : celle de l’appréciation du moment. La victoire qui se dessine vient couronner dix années de travail.

"Mentalement, c'était un soulagement, car je n'avais pas de pression qui venait de derrière. Physiquement, c'était tout de même douloureux, donc il me tardait de rentrer.

J'ai tout de même bien profité à partir des Houches, où le public était déjà bien présent. J'ai eu pas mal de difficultés à me dire que j'étais en tête de la TDS et que j'allais la gagner."

À Chamonix, il franchit la ligne premier. La joie est fait pour se partager. Ses proches sont tous là pour profiter de ce moment de communion.

"J'ai tout de suite savouré et apprécié cette victoire. Ma femme, Nathan, ma famille et mes amis présents avaient tous les yeux brillants. Cela m'a fait réaliser rapidement que je venais de faire un truc solide."

"Un truc solide." Sur une des courses les plus dures de la semaine UTMB, pour sa toute première participation à la distance.

Cette victoire sur les Traces des Ducs de Savoie est la confirmation que tout le travail depuis 2015 a produit ce qu'il devait produire, ouvrant une porte plus large qu'elle ne l'a jamais été.

Et après tout ça ?

Quelques jours après l'arrivée, les objectifs de la saison 2027 sont déjà validés.
Les réponses aux questions sont délivrées et les yeux de Rémy Brassac peuvent regarder plus loin, vers de nouvelles horizons où le trail l’emmène.

"Seulement quelques jours après, nous avions déjà validé les objectifs de la saison prochaine. Je ne sais pas si tous les ultras que je ferai seront réalisés avec les sensations que j'ai eues sur cette TDS, mais c'était une très belle expérience qui donne envie d'y retourner."

On sait aujourd’hui que Rémy peut aller encore plus loin.
Quand on lui a demandé : « Qu’est-ce que tu as découvert sur tes limites pendant ces 19 heures ? », sa réponse a été sobre :

« Je suis parti avec beaucoup de prudence et hormis l’heure difficile avant Beaufort, je n’ai pas réellement vu mes limites. Mentalement, je m’attendais à une course beaucoup plus dure. Finalement, j’ai beaucoup aimé cet effort. »

Partager l'article

Édition #01

Bientôt le lancement de notre newsletter !

Une fois lancée, tu la recevras tous les jeudis dans ta boîte mail. En attendant, nos articles sont déjà en ligne.

Inscris-toi pour être parmi les premiers à la lire.