MIDNIGHT SUN de LTDG : la traversée gravel de l'Islande sur la F35, entre glaciers, cendres et légendes
La Tête Dans le Guidon vient de mettre en ligne MIDNIGHT SUN, film retraçant la traversée de l'Islande en gravel des frères jumeaux Antoine et Grégoire.Du nord au sud, 384 kilomètres et plus de 25 heures d'effort sans dormir, à la poursuite du soleil de minuit et du jour sans fin. Le tracé emprunte en grande partie la mythique F35, la piste des Hautes Terres islandaises, l'une des plus vieilles routes du pays. Le film, produit par Offline Agency, a été présenté en avant-première la semaine dernière à Lille et Paris (les deux séances complètes en quelques heures) avant sa mise en ligne sur YouTube.
Il y a des terrains qui appellent le récit. L'Islande en est un.
C'est dans ce pays sauvage, entre deux plaques tectoniques, à la lisière du cercle polaire, que les frères Antoine et Grégoire ont décidé de partir rouler. MIDNIGHT SUN, un film long qui documente 25 heures d'effort continu à travers l'un des paysages les plus rudes d'Europe. On les suit sur une route très particulière, dont l'histoire mérite qu'on s'y attarde avant même de parler de leur aventure.
La F35, la piste des Vikings et de la colline des os
Officiellement, elle s'appelle Þjóðvegur F35. Les Islandais lui préfèrent Kjalvegur, ou plus simplement Kjölur, du nom de la région qu'elle traverse. Elle relie le sud du pays, aux abords de la célèbre chute de Gullfoss, à la Route 1 dans le nord, près de Blönduós. Environ 168 kilomètres de piste de gravier caillouteux, sans un seul gué à traverser (fait rare pour une route de Highlands), à travers le désert intérieur du pays.
L'histoire de cette piste remonte à l'an mille. Dès le début de la colonisation viking de l'Islande, elle servait de route commerciale entre le nord et le sud, l'un des grands axes qui menaient au parlement de Thingvellir, cœur politique de la jeune société islandaise. Pendant des siècles, on y transportait des marchandises, des chevaux, des moutons. On y croisait des voyageurs, des marchands, des prêtres.

Puis en 1780, tout s'arrête. Un groupe de paysans est surpris par une tempête de neige au milieu de la piste. Aucun ne survit. Leurs corps, mêlés à ceux de leurs chevaux et de leurs moutons, sont retrouvés au même endroit. Le lieu est resté marqué dans la mémoire islandaise : il s'appelle aujourd'hui Beinahóll, "la colline des os". Après ce drame, la piste tombe dans l'oubli pour près d'un siècle. Elle sera considérée pendant longtemps comme traîtresse, voire hantée. Ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle qu'elle est redécouverte et marquée à nouveau.
Aujourd'hui, elle n'est ouverte que trois mois par an, de fin juin à mi-septembre.
Le reste de l'année, la neige et le froid la referment.
Entre Langjökull et Hofsjökull, un désert de cendres
Ce qui rend la F35 fascinante, ce n'est pas seulement son histoire. C'est aussi ce qu'elle traverse. La piste serpente entre deux des plus grands glaciers du pays : Langjökull à l'ouest, Hofsjökull à l'est. Deux calottes géantes dont les langues bleutées descendent parfois jusqu'aux abords de la route. Entre les deux, un désert absolu. Cendres volcaniques noires, pierres, rien qui pousse. Des dizaines de kilomètres sans un arbre, sans une habitation, sans une trace humaine.
Au milieu du parcours, une pause obligatoire : Hveravellir, un site géothermique où des sources chaudes fumantes jaillissent au bord d'un plateau désertique. Un contraste saisissant, une image typiquement islandaise. Un peu plus au sud, les montagnes volcaniques des Kerlingarfjöll dressent leurs sommets colorés, entre orange, ocre et vert, striés de plaques de neige jusqu'en plein été.

Traverser la F35 à vélo, c'est traverser mille ans d'histoire islandaise en une seule ligne. Les Vikings y sont passés, les paysans y sont morts, les glaciers y fondent aujourd'hui à vue d'œil. Le paysage change à chaque virage, la lumière change à chaque heure. Et en été, au nord de l'Islande, la lumière ne s'éteint jamais vraiment.
Le soleil de minuit, le jour sans fin
C'est le vrai motif du film. En Islande, autour du solstice d'été, le soleil ne se couche pas complètement. Il descend à peine sous l'horizon, puis remonte, teintant les paysages d'une lumière rasante orangée qui donne à chaque scène l'apparence d'une aube perpétuelle. Pour un cycliste, cela change tout. Pas besoin de frontale, pas besoin de rythme diurne classique. On peut rouler à 2 heures du matin comme on roule à midi.
C'est ce que Antoine et Grégoire ont voulu documenter. 384 kilomètres à parcourir en gravel, une grande partie hors route, sur des pistes isolées à travers paysages volcaniques et zones désertiques. Plus de 25 heures d'effort sans dormir. Le paradoxe est là, tel qu'ils le résument dans le film : rouler dans une lumière presque permanente, alors que le corps, lui, réclame de s'arrêter.
Deux frères qui vivent leur propre aventure
Cette traversée s'inscrit dans une histoire plus large. Depuis 2022, LTDG documente les aventures des autres : coulisses du Tour de France, JO Paris 2024, grandes courses de trail. Antoine et Grégoire y ont côtoyé pendant des années des athlètes de très haut niveau. En 2025, un premier film personnel avait déjà été signé (Courir pour 2 : Deux jumeaux, deux chemins), autour de l'opération du fémur de Grégoire et de leur histoire de fraternité sportive. MIDNIGHT SUN prolonge cette démarche : cette fois, ils ne racontent plus l'aventure des autres, ils vivent la leur.
Le film sert aussi de laboratoire pour un vélo précis, le nouveau Van Rysel EDR-G, le gravel de la marque Decathlon. Sur près de 400 kilomètres alternant longues portions roulantes et pistes cassantes, avec froid et vent, il n'y a pas vraiment meilleur terrain d'essai.

Le film à voir
MIDNIGHT SUN est disponible sur la chaîne YouTube de La Tête Dans le Guidon.30 minutes de bonheur visuel, avec la dimension humaine assumée des deux frères jumeaux qui se poussent l'un l'autre.
Pour un lecteur Bornés qui aime les récits d'aventure ultra-cyclisme, MIDNIGHT SUN est à mettre au programme dès ce soir. On y voit une Islande brute, deux frères qui pédalent dans une lumière qui ne s'éteint jamais, et une piste qui charrie mille ans d'histoire sous les pneus. Il y a peu de raisons de rester à côté !
Édition #01
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