Ultra Marin 2026 : Jean-Louis Lallican s'impose et bat le record
Sur la 21e édition de l'Ultra Marin, le Lanestérien Jean-Louis Lallican a remporté samedi 27 juin le Grand Raid 175 km en 14h23'11, battant de 34 secondes le précédent record de l'épreuve. Emmanuel Bonnier et Loan Le Rohellec complètent le podium au terme d'une course bousculée par l'abandon du leader Alexandre Piedvache au petit matin. Chez les femmes, Stéphanie Gicquel décroche un cinquième sacre sur l'épreuve.
Il aura suffi de quelques heures pour que le scénario du Grand Raid 2026 bascule. Parti vendredi 26 juin à 19h depuis l'Esplanade Simone Veil à Vannes, le 175 km de l'Ultra Marin a connu une première moitié de course parfaitement lisible. Alexandre Piedvache, l'un des favoris annoncés, a pris les commandes dès les premiers kilomètres et conservé la tête pendant toute la nuit. Le matin venu, ce sont d'autres mains qui ont écrit la fin de l'histoire.
L'épreuve, deuxième volet d'un week-end qui aura aussi vu se dérouler le Raid 100 km, le Réveil des Ducs (70 km) et plusieurs formats plus courts, mobilisait près de 1 000 partants pour le seul Grand Raid. Sur 175 km autour du Golfe du Morbihan, 1 430 m de dénivelé positif, cutoff à 42 heures, traversée en canot entre Arzon et Locmariaquer. Un format atypique dans le calendrier français, et un terrain qui paraît facile sur le papier jusqu'à ce que les jambes y passent une nuit complète.
Le coup de théâtre Piedvache
Pendant les douze premières heures de course, la lecture du tracker était simple. Piedvache devant, le pack des prétendants à plusieurs minutes, et la nuit qui s'étirait sur les chemins côtiers. Le coureur du Morbihan, l'un des spécialistes annoncés du format, semblait dérouler son plan. Mais entre Le Bono (km 120) et Larmor-Baden (km 135), aux alentours du lever du jour, il a été contraint de mettre pied à terre. Abandon. Course terminée pour celui qui paraissait promis à la victoire depuis le départ.

À partir de là, c'est Jean-Louis Lallican qui a pris la main. Sans la lâcher. Le Breton, licencié à Hennebont Athlétisme, connaissait l'épreuve mieux que la plupart : 14e lors de sa première participation, puis 5e, puis 3e l'année dernière. Il était au bon endroit, dans la bonne forme, au bon moment.
La course parfaite de Lallican
Le scénario qui suit tient autant de la maîtrise que de la lecture tactique. Lallican était parti avec un objectif personnel sous les 15 heures. Une fois en tête, il n'a pas tenté de creuser à tout prix. Il a tenu son allure, géré ses ravitaillements, et n'a accéléré franchement que dans les vingt derniers kilomètres. Suffisant pour franchir la ligne d'arrivée sur le port de Vannes en 14h23'11, soit 34 secondes sous le précédent record de l'épreuve (14h23'45).
Avec près de trente minutes d'avance sur son premier poursuivant. Un écart proprement écrasant à ce niveau de course. Le chrono est d'autant plus impressionnant qu'il a été couru sur un parcours considéré comme trompeur. Sur 175 km avec à peine 1 430 m de dénivelé, courir à cette allure pendant plus de quatorze heures consécutives suppose une régularité métronomique. C'est ce qui distingue les bons coureurs des grands coureurs d'ultra plat. Lallican est dans la deuxième catégorie.
Derrière, Emmanuel Bonnier confirme la trajectoire amorcée l'an dernier. Déjà 3e sur l'épreuve en 2025, l'Angevin monte d'un cran en 15h05'10, améliorant au passage son propre chrono. Loan Le Rohellec complète le podium en 15h18', une solide première place sur le podium d'un format de cette ampleur pour le Breton.

Le coup dur de Julien Le Corff
L'histoire qui suit le podium mérite qu'on s'y arrête. Physiquement deuxième sur la ligne d'arrivée, Julien Le Corff a finalement été rétrogradé au pied du podium après un contrôle de matériel à l'arrivée. Ses lunettes obligatoires se trouvaient bien dans son équipement, mais pas à l'endroit prévu lors de la vérification. Pénalité d'une heure. Le Breton glisse en 4e position malgré une performance sportive de premier ordre.
C'est l'un des risques propres aux courses où le matériel obligatoire est contrôlé rigoureusement. Le règlement est connu, les pénalités sont prévues, et un détail logistique peut effacer plusieurs heures de course très bien construites. Le Corff paiera cette inattention. Un rappel utile à toute la file d'attente derrière lui.
Côté femmes, Gicquel installée dans la légende
Chez les femmes, l'histoire s'écrit dans une autre temporalité. Stéphanie Gicquel ajoute une cinquième ligne à son palmarès sur l'Ultra Marin. Aventurière au long cours, habituée des traversées polaires et des défis hors-format, elle reste la référence absolue sur cet ultra breton. Sa connaissance du terrain et sa capacité à gérer les longues heures d'effort sans repère collectif font le reste.
Personne, depuis qu'elle a commencé à courir le Grand Raid, n'a su menacer durablement son emprise sur l'épreuve. À une époque où l'ultra-trail féminin s'est densifié partout, la régularité de Gicquel sur un format aussi exigeant a quelque chose d'à part. Ce cinquième sacre n'est pas un titre confisqué : il est mérité course après course, sur une distance que peu d'athlètes acceptent de courir si souvent.

La curiosité ClemQuiCourt
Détail à part de cette 21e édition : la présence de Clément Deffrenne, plus connu sous le pseudo ClemQuiCourt, créateur de contenu suivi sur YouTube et Twitch. Pour la première fois sur un ultra-trail français de ce niveau, il a couru les 175 km en diffusant intégralement sa course en direct sur Twitch, avec une équipe de production dédiée. Pari osé, et réussi sur le plan sportif : 24e place en 18h55'55, à 4h32'44 du vainqueur.
Le format soulève des questions intéressantes sur la couverture média des ultras français. Quand un coureur amateur de bon niveau couvre lui-même son aventure pour des dizaines de milliers de spectateurs en direct, le rapport entre l'événement, ses partenaires médias historiques et les communautés en ligne se déplace. L'Ultra Marin 2026 aura été un des premiers terrains où cette bascule s'est jouée à cette échelle.

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