ArticlesActualités

Western States 100 2026 : Vincent Bouillard pulvérise le record

Sur la 53e édition de la Western States 100, le Français Vincent Bouillard s'est imposé samedi 27 juin en 13h46'15, battant le record de l'épreuve détenu par Jim Walmsley depuis 2019 de plus de 23 minutes. L'Italien Francesco Puppi et l'Américain Ryan Montgomery complètent un podium où les trois premiers, ainsi que le quatrième Thomas Cardin, ont tous fait tomber l'ancien record. Chez les femmes, l'Américaine Jenn Lichter signe également un nouveau record en 15h28'05 pour sa toute première participation à un 100 miles.

5 min de lectureLilian Bossu

Il faudrait remonter loin pour trouver une édition de la Western States 100 qui ait autant rebattu les cartes en une seule journée. Samedi 27 juin, dans la Sierra Nevada californienne, Vincent Bouillard est devenu le premier Français à inscrire son nom au palmarès de la doyenne des 100 miles, en 13h46'15. Il a au passage explosé le record de Jim Walmsley (14h09'23 en 2019), un chrono que beaucoup pensaient intouchable, et il l'a fait dans des conditions exceptionnellement fraîches, le troisième jour le plus frais de l'histoire de la course en 53 éditions, qui ont aussi profité à toute la tête de course.

L'épreuve avait pourtant tout d'un casting d'anthologie. Au départ d'Olympic Valley, on retrouvait Kilian Jornet, vainqueur en 2011, et Jim Walmsley, quadruple lauréat (2018, 2019, 2021, 2024) et détenteur du record. Bouillard, vainqueur surprise de l'UTMB 2024, revenait après un abandon l'an passé au mile 80. Thomas Cardin, second Français qualifié via le Golden Ticket de Chianti, débutait sur la distance. À leurs côtés, Adam Peterman, Francesco Puppi, Hans Troyer, Ryan Montgomery, Zach Miller. Sur le papier, la plus grosse start-list masculine de la décennie.

Une course en deux temps

La première moitié de la journée a tenu une promesse classique. Les dix-huit premiers franchissent l'Escarpment, 3,5 miles après le départ et 2 200 pieds de dénivelé positif, dans la même minute. Hans Troyer prend les commandes et tire la course, creusant un premier écart au Lyon Ridge (mile 10), puis au Duncan Canyon (mile 24), mettant près de trois minutes au pack composé de Puppi, Walmsley et Bouillard.

Puis l'histoire bascule. Au mile 38, Kilian Jornet est contraint d'abandonner sur blessure. Plus loin, à Foresthill, Jim Walmsley cède à son tour, victime d'un genou défaillant sur ses propres sentiers. Deux abandons que personne n'avait écrits. Devant, Francesco Puppi prend les commandes après avoir laissé Troyer derrière. Sa traversée de l'American River à Rucky Chucky (mile 78), gilet de sauvetage sur les épaules, marque le sommet de sa course : leader, mais visiblement entamé.

Le retour méthodique de Bouillard

Bouillard, lui, court en embuscade depuis le départ. Présence constante, jamais à plus de quelques minutes, jamais en surrégime. Au mile 62 (Foresthill), 3e. Au mile 78 (Rucky Chucky), à 5 minutes de Puppi. Au mile 80, à 3'30. Au mile 85,2 (Auburn Lake Trails), à 1'30. Au mile 88 (Quarry Road), il passe Puppi et bascule en tête avec deux minutes d'avance. Le finish vers Auburn ne change plus la hiérarchie.

Le scénario tient autant du calcul que de la performance physique. Bouillard n'a pas attaqué. Il a tenu sa zone pendant 161 kilomètres pendant que d'autres déchiraient leur enveloppe trop tôt. Pour son deuxième 100 miles seulement, après celui de l'UTMB 2024, il offre une démonstration de gestion d'effort qui frappe par sa maturité tactique. Détail piquant : c'est précisément près de Quarry Road qu'il avait abandonné l'an dernier. Cette année, c'est là qu'il a basculé en tête.

Francesco Puppi termine 2e en 13h51'08, pour son tout premier 100 miles. Ryan Montgomery 3e en 13h53'55. Et Thomas Cardin signe une remarquable 4e place en 14h07'58, lui aussi sous le record de Walmsley, pour sa première course sur la distance. Les quatre premiers ont tous fait tomber un chrono que beaucoup considéraient intouchable.

Bouillard, premier Français au palmarès

Avec cette victoire, Bouillard devient le quatrième coureur seulement à réaliser le doublé UTMB plus Western States, après Kilian Jornet, Jim Walmsley et Tom Evans. Un cercle ultra-fermé que personne n'imaginait voir intégré aussi vite par un ancien amateur. L'Annécien de 32 ans, ingénieur produit chez Hoka et passé pro il y a moins de deux ans, avait remporté l'UTMB 2024 sans contrat de sponsoring. Sa carrière professionnelle, dans son ensemble, tient en deux saisons.

Il est aussi devenu père il y a sept mois. Sa femme, Camila Jornet (sœur de Kilian), et leur fille étaient à Auburn samedi soir. Il a expliqué après la course avoir tenu sur les derniers kilomètres en pensant à l'heure du coucher du bébé. Une note humaine, mais accessoire : sur le terrain, Bouillard a couru en patron, et le chrono parle pour lui.

Côté femmes, Lichter aussi sous record

Le récit féminin a suivi une trajectoire moins linéaire mais tout aussi historique. L'Américaine Jenn Lichter, 30 ans, qui n'avait jamais couru plus de 100 km avant samedi, s'est imposée en 15h28'05. Soit 1 minute et 28 secondes sous le record de Courtney Dauwalter établi en 2023 (15h29'33), un chrono considéré comme intouchable par à peu près tout le monde. Pour un premier 100 miles, c'est une débutante qui dépose le record d'une des courses les plus relevées de l'histoire.

La course féminine s'est dessinée par à-coups. Lichter et Riley Brady ont échangé les leads pendant une quarantaine de miles. À Rucky Chucky (mile 78), Lichter ne menait que de 90 secondes. C'est dans les vingt derniers miles qu'elle a creusé définitivement, alors que Brady payait des problèmes de digestion et de vision. Riley Brady termine 2e en 15h42'14, leur meilleure performance sur la course après une 14e place en 2023 et un abandon en 2025. La Canadienne Marianne Hogan complète le podium en 15h51'44, sa troisième troisième place sur l'épreuve après 2022 et 2025.

Détail révélateur du niveau du jour : les cinq premières ont toutes terminé sous les 16 heures. Le plateau féminin était considéré comme le plus dense jamais aligné sur la Western States, avec neuf des dix premières de l'an dernier au départ, dont la tenante du titre Abby Hall, la 2e 2025 Fu-Zhao Xiang, et la médaillée de bronze olympique de marathon Molly Seidel pour son premier 100 miles. Lichter les a toutes tenues à distance.

Partager l'article

ÉDITION #01

Bientôt le lancement de notre newsletter !

Une fois lancée, tu la recevras tous les jeudis dans ta boîte mail. En attendant, nos articles sont déjà en ligne.

Inscris-toi pour être parmi les premiers à la lire.