TRAIL

Diagonale des Fous 2026 : à 26 ans, Hugo Deck gagne sa première Diagonale !

6 min de lectureLilian Bossu

La Diagonale des Fous a sa propre temporalité. Elle commence un jeudi soir à 22h sous les projecteurs de Saint-Pierre, elle avale une nuit, un jour, parfois deux, elle recrache ses coureurs à Saint-Denis dans un état de grand épuisement. Elle ne pardonne rien, surtout pas l’inexpérience. C’est pour ça que la performance de Hugo Deck à cette 34e édition tient de l’exception. 22h54'19, premier chrono d’un homme de 26 ans qui courait sa toute première Diagonale.

Comment Hugo Deck a gagné sa Diagonale

Le départ est donné jeudi 15 octobre à 22h depuis la Ravine Blanche à Saint-Pierre, dans les conditions nocturnes qui font partie intégrante de l'identité de la Diagonale. 2 871 coureuses et coureurs s'élancent, lampes frontales allumées, direction le Piton de la Fournaise. Dans les premiers kilomètres, un peloton compact de favoris se dessine : Jean-Philippe Tschumi, Tom Evans, Hugo Deck, Josh Wade, et un homme qui ne figurait pas dans toutes les listes mais va faire le début de la course, Vincent Esmiol.

Dès le kilomètre 30, Esmiol se détache et prend la tête. Le Français roule à un rythme très soutenu, qui ne laisse personne d'autre devant. Au kilomètre 80, il devance Hugo Deck d'une vingtaine de minutes. Derrière, le groupe des poursuivants, Deck, Tschumi, Evans, avance ensemble, sans paniquer. Ils savent que la Diagonale ne se gagne pas aux premières heures.

Vincent Esmiol longtemps en tête de la Diag'

La nuit se passe à ce rythme-là. Esmiol en tête, le peloton de favoris en chasse. Première surprise de la course, à Hell-Bourg, point stratégique du nouveau tracé 2026, Jean-Philippe Tschumi, le grand favori suisse, s'arrête. Il abandonne peu après le kilomètre 123. Celui qui connaissait le terrain mieux que tous les autres sort de la course sans jamais avoir pu attaquer. Un vrai coup de théâtre pour la hiérarchie annoncée.

Le lendemain matin, aux alentours de 12h55 locales, dans la longue montée vers le Maïdo, c'est la bascule. Hugo Deck revient sur Vincent Esmiol et le passe. L'écart de vingt minutes s'est évaporé. Deck ne force pas la main, il déroule son rythme, et Esmiol ne peut plus suivre. Au sommet du Maïdo, le Varois est en tête. L'avance se construit sur la descente et dans l'entrée de Mafate, le fameux cirque isolé qui a cassé tant de courses dans l'histoire de la Diagonale.

Esmiol finira par abandonner après le kilomètre 164, usé par son rythme offensif de la nuit. L'autre favori britannique, Tom Evans, perd aussi du terrain au fil des heures et sort du top 3. La course se décante alors en faveur du jeune Français, mais tout n'est pas gagné pour autant.

Dans les dernières heures, Deck lui-même traverse un passage difficile. L'altitude cumulée, la fatigue, la chaleur montante sur les dernières portions, tout pèse. Mais le vainqueur raconte avoir retrouvé ses forces en admirant le lever du soleil depuis le Piton des Neiges, le point culminant de l'océan Indien à 3 069 mètres d'altitude. Un moment de grâce qui lui permet de boucler la fin du parcours sans jamais être inquiété. Il franchit la ligne du stade de la Redoute à Saint-Denis en 22h54'19, dans une ambiance qu'il décrira comme une "fête géante sur toute l'île". À 26 ans, dès sa première participation, il rejoint le groupe très fermé des vainqueurs tricolores de la Diagonale.

Un top 6 relevé et un premier Réunionnais à la 4e place

Derrière Hugo Deck, Robin Juillaguet (Salomon) signe une solide deuxième place en 23h51'54, soit un peu moins d'une heure derrière le vainqueur. Le Français confirme son statut d'ultra-trailer fiable au plus haut niveau français. Le Belge Jérôme Vanderschaeghe (Asics) prend la troisième place en 24h10'35, à environ 1h16 du vainqueur.

Quatrième place pour Judicaël Sautron en 24h38'40, premier Réunionnais de l'épreuve, un résultat qui compte énormément pour l'île quand on sait l'attachement local à cette course. Nicolas Gourdon complète le top 5 en 24h46'44, et Matis Leray le top 6 en 25h53'25. Un classement serré sur le haut de tableau, qui montre que le niveau français en ultra-trail long reste très dense.

Côté absents, Jean-Philippe Tschumi quitte donc la course au kilomètre 123, et Tom Evans, le vainqueur de l'UTMB 2025, découvre à son tour que La Réunion ne pardonne rien aux néophytes, même les plus titrés. La Diagonale rappelle cette année encore qu'elle ne se gagne jamais d'avance.

Qui est Hugo Deck

Né à Strasbourg, Hugo Deck a grandi dans le Var. Avant le trail, c'est le basket qui a occupé une décennie de sa vie, au niveau régional. Il bascule sur les sentiers en 2016, à 16 ans, et construit progressivement une carrière qui prend forme dans les années suivantes avec quelques résultats notables : 3e de la YCC en 2021, 5e de la CCC la même année, puis des rendez-vous manqués (abandons sur la MIUT et la TDS).

En 2023, il travaille avec un préparateur mental, un détail qui prendra tout son sens trois ans plus tard sur les sentiers réunionnais.

Son grand déclic récent, c'est la MaXi-Race, qu'il remporte deux années consécutives, en 2025 et 2026. Deux victoires dans son jardin savoyard qui l'installent comme l'un des coureurs français les plus prometteurs sur distances longues. Mais passer de la MaXi-Race à la Diagonale, c'est un saut de catégorie majeur. Plus long, plus technique, avec des conditions tropicales qu'un trailer français n'a pas l'habitude de rencontrer.

Deck l'a préparé méthodiquement. Trois semaines passées à Cilaos avant la course pour s'acclimater à l'altitude et à la chaleur. Deux sorties d'entraînement de sept heures avec son coéquipier Marcel Höche. Et surtout, un repérage du nouveau tracé qui passe désormais par Hell-Bourg, ce qui lui a donné un avantage réel sur ceux qui découvraient le parcours en course.

Sa mère et sa grand-mère étaient présentes à La Grande Chaloupe pour préparer son ravitaillement personnel. Un ancrage familial qui compte, qu'on retrouve souvent chez les grands vainqueurs de la Diagonale.

Ruth Croft, l'autre victoire majeure

Chez les femmes, l'édition tient aussi son grand nom. La Néo-Zélandaise Ruth Croft, vainqueure de l'UTMB 2025, a remporté sa première Diagonale en 27h13'23, pour sa toute première participation à l'épreuve. Celle qui avait dû renoncer à défendre son titre à Chamonix cet été pour raisons familiales trouve donc à La Réunion la grande course qui lui manquait. L'Américaine Alyssa Clark complète la deuxième place en 28h26'53, et la Française Agathe Bes le podium en 29h05'19.

Un podium féminin fort, qui prolonge l'excellent plateau annoncé au départ et confirme que la Diagonale continue d'attirer les plus grandes coureuses mondiales malgré la concurrence saisonnière avec l'UTMB.

Partager l'article

Édition #01

Bientôt le lancement de notre newsletter !

Une fois lancée, tu la recevras tous les jeudis dans ta boîte mail. En attendant, nos articles sont déjà en ligne.

Inscris-toi pour être parmi les premiers à la lire.